Atelier d’écriture/ photo 2 : de ma fenêtre…

Chaque semaine, une proposition d’écriture ouverte à tous. Vos textes et photos sont à envoyer à sonia.monnier@lyceestvincent.net

Nombreux écrivains s’inspirent de leur vécu. Dans les textes de fiction,  les éléments de réels procureront ces « accents de vérité » qui embarquent le lecteur. Servons-nous donc de notre actualité ! Au 17ème jour de confinement, le narrateur/la narratrice regarde par la fenêtre et voit quelque chose de totalement inhabituel. Votre texte commencera par :

« Ce matin là, en ouvrant la fenêtre de ma chambre, je restai figé(e)…

Vous pouvez aussi envoyer une photo, prise de votre fenêtre, seule ou accompagnée d’une légende ou d’un texte.

Echo littéraire : 

Dans les années 1940, à Paris, l’écrivain Colette a écrit « Paris de ma fenêtre ». Des chroniques dans lesquelles, clouée par la maladie, elle observe la vie parisienne depuis chez elle. Petit extrait : 

« Comme mouches sur miel, ils s’empressent, s’agglutinent, se nourrissent… La comparaison n’est pas neuve, mais elle est inévitable. Tout me la suggère  : l’heure de midi, la splendeur des journées d’automne, et la hâte, l’assiduité des lecteurs de plein air.

Le lieu de leur rendez-vous est ancien, beau, respecté. La rareté des passants rend lisible, aère ce carrefour qui accède à un théâtre célèbre, à un jardin, un palais qui furent royaux.

Le Louvre et ses plates-bandes, Rivoli et ses arcades, la Bourse et la Banque libèrent à midi le flot limité d’une foule laborieuse, qui prend en moins de deux heures son repas et sa récréation. Il me paraît bien qu’elle se soucie encore plus qu’autrefois de l’une au détriment de l’autre. Avenue de l’Opéra, une autre librairie reçoit les mêmes hommages, et l’on m’assure que sous l’Odéon les courants de vent perfides ne découragent aucun passionné de lecture. Mais ici, dans mon voisinage, qui est aussi celui du Théâtre-Français, le miel d’appât, le livre, se répand comme débondé, s’offre aux mains, aux yeux avides. L’atlas ancien, gravé sur cuivre, où des Éoles gonflent les îles et les dauphins jouent entre deux continents, opprime, de son poids équitable, Giraudoux et Victor Cherbuliez. Le « livre d’occasion », vieux avant l’âge, écorché et chaud, sa ficelle de brochage lui pendant au derrière, il est à vous, à moi, à tous. Mais laissez-le, comme je fais, à ceux qui ne l’achèteront pas, qui aujourd’hui lisent cinquante pages, demain autant, la fin du volume après-demain…

Ils sont reconnaissables. Jeunes pour la plupart, ils lisent debout, et debout se reposent d’une jambe sur l’autre. Tête nue, garçons et filles, ils n’ont pas encore de pardessus ni de manteau trois quarts ; peut-être n’en auront-ils pas de tout l’hiver… Pour l’heure, rien ne leur manque puisque avec l’automne le soleil gagne peu à peu le sud et leur touche l’épaule, et que par surcroît ils tiennent ouvert un livre. Le commode étalage extérieur leur servant de pupitre, ils tournent les pages et gardent libre une main, parce qu’en lisant ils déjeunent. J’aimerais bien – tant est grande notre lâcheté, notre envie de fuir ce qui nous point – j’aimerais ne pas savoir que c’est là qu’ils déjeunent si vite, et de si peu. Eux aussi, fiers qu’ils sont, ils préféreraient que nous ne sachions pas que ce gros mirliton, par exemple, qu’ils portent à leur bouche, c’est une baguette de pain fourré ou non de viande, déguisé en rouleau de paperasses. Il y a aussi, hélas ! le repas caché dans une poche, dans un sac à main, et dont on détache, comme distraitement, de petites bouchées, entre deux doigts…

Debout, enchaînée à son rêve, une partie de la jeunesse de Paris lit passionnément. Elle a toujours lu aux étalages, et le long des quais, prise sous le couvercle des « boîtes » comme passereau à la trappe. Mais je crois qu’elle y mit, en d’autres temps, moins de flamme et d’obstination. Je n’ai, pour m’en convaincre, qu’à lire attentivement mon « courrier des inconnus »  :

« Madame Colette, je voudrais des livres, comment peut-on échanger des livres ? Nous possédons un petit fonds assez hétéroclite – voyages, romans, sciences naturelles – lu et relu, et ce n’est guère possible d’acheter de nouveaux livres en ce moment… Madame, pourquoi n’y a-t-il plus de cabinets de lecture ?… »

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